Archive pour mai 2009

Ton amie chômeuse a tenté le nettoyage de nez à la manière des yogi

Dimanche 31 mai 2009

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(Requête de Noémie pour me mettre dans l’embarras, au final s’est retrouvée à le faire avec moi)

Sur la photo, vous avez l’impression que la dame se verse de l’eau par une narine en la faisant ressortir par l’autre, le tout sans se départir de son sourire suédois. C’est normal, c’est exactement ce qu’elle est entrain de faire. Moi aussi, j’étais incrédule au début. Heureusement, le « nose buddy » (l’ami du nez, c’est le nom de cet arrosoir bleu), est accompagné d’une petite brochure qui explique comment cette dame en est arrivée là.

On réduit souvent le yoga (nous, les non-yogi) aux jambes passées derrière la tête et à la position du lotus. Or, le yoga ne se limite pas aux positions, qui sont seulement une petite partie de la discipline. D’autres pratiques, comme la méditation et la purification du corps viennent aussi s’insérer dans le I-Cal du bon yogi. Ainsi donc, la suédoise ci-dessus est bien entrain de mettre en œuvre une technique de yoga appelée « neti » qui vise à nettoyer le nez.

Le réflexe à ce stade est de s’interroger sur la pertinence d’une telle toilette ; « il a le nez sale… ça fait négligé » est une remarque que l’on entend assez rarement. C’est alors que m’est revenu une scène du film Croc-blanc, que j’ai vu à l’âge de 8 ans et qui m’a beaucoup marquée : le vieux Skunker (il me semble) reste interdit devant le spectacle de Jack Conroy se lavant les dents et dit « mais comment il a fait pour se les salir ? ». Pour lui, le brossage de dents est aussi absurde que le lavage de narines l’est pour nous. Au contraire de Skunker, je me lave les dents, ainsi que les oreilles, pourquoi donc ne me laverais-je pas le nez ?

Déjà à moitié convaincue par ma comparaison avec Croc-blanc, je commence la lecture du paragraphe « Pourquoi se rincer le nez ? » dans la brochure. En nettoyant et humidifiant les muqueuses, Neti préserve des rhums et des sinusites, de l’asthme, des migraines et des ronflements, améliore la vue et l’odorat, aide à arrêter de fumer, c’est limite si ça rend pas gentil et intelligent. M’arroser le nez me paraît un bien petit effort à fournir pour jouir de tous ces bénéfices, et je m’en vais préparer le mélange d’eau et de sel. Bien sûr, quand on se retrouve penché au-dessus du lavabo avec l’embout de l’arrosoir dans le nez, prêt à verser le liquide, on a une seconde d’hésitation (« mais qu’est-ce que je suis entrain de faire là ? »). On se souvient alors de l’autre brochure aperçue dans le carton du nose buddy, intitulée « Nettoyage de l’intestin », et on se dit qu’on s’en est pas si mal sorti avec un défi qui ne concerne que le nez.

C’est d’une facilité déconcertante, l’eau passe d’une narine à l’autre sans se tromper de chemin, aucune noyade à redouter. La sensation est très étrange, mais pas désagréable. C’est un peu comme si on pleurait par les narines (l’eau légèrement salée a le même goût que les larmes); Dieu merci on ne se met pas à morver par les yeux pour autant.

Le nettoyage est suivi de quelques positions de yoga, et d’une technique de respiration appelée « le soufflet du forgeron » qui consiste à inspirer et expirer rapidement avec une seule narine. En tout, il faut compter une petite demi-heure pour le rituel en entier, un peu plus si on arrive pas à garder son sérieux au moment de se mettre l’embout dans le nez. Après coup, on se sent comme après une baignade dans l’océan atlantique : fier, tonique, revigoré, et le nez parfaitement débouché. Pour les effets à long terme, pensez à demander à Noémie, qui a trouvé en nose buddy un vrai compagnon du quotidien.

Ton amie chômeuse est devenue végétarienne

Samedi 23 mai 2009

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(Requête de personne, et je compte bien comprendre pourquoi j’ai pris cette initiative dans un futur proche)

En matière de pratiques alimentaires, les gens (catégorie aux limites un peu floues, j’en conviens) ne supportent pas la nuance. Si vous dites, « je n ‘aime pas trop manger de la viande », on vous répond « t’es végétarienne ? Non ? Bon alors, passe-moi ton assiette. »

Au final, c’est la petite Rim (une enfant de la classe verte dans le Cantal, cf nouvelles expériences) qui m’a ouvert les yeux en me disant : « T’es quoi, toi, t’es végétarienne ? Moi je suis musulmane. » C’est là que j’ai compris que la nourriture, c’est une religion, et qu’il fallait d’une façon ou d’une autre que j’accepte de rentrer dans les ordres si je voulais qu’on arrête de me servir du gigot. J’ai eu du mal à passer le cap, parce que je savais que je m’exposais au mieux à des remarques faciles (« Mais tu sais, les animaux aussi se mangent entre eux, c’est tout à fait naturel… »), au pire à des moqueries (« Et si le mouton se porte volontaire pour aller à l’abattoir, tu le manges ? »).

Ma décision est d’autant plus compliquée à justifier qu’elle exclut les poissons. Etant donné que je ne mange pas beaucoup de fruits ni de légumes et que je ne suis pas fan des yaourts, si j’arrête de manger du poisson, je vais crever. Donc je ne mange plus d’animaux terrestres (remarque désobligeante type : « Tu sais les poissons aussi, ils ont une âme »), mais je mange encore des animaux à écailles.

Que les choses soient claires : JE SAIS que ma démarche est truffée de contradictions. Elle est le résultat d’une réflexion en cours, d’interrogations qui me regardent, de tout un tas de choses que j’ai du mal à expliquer avec des mots. En tout cas elle me permet de faire un constat : être végétarienne en France, c’est pire que d’être Jack Bauer chez les chinois.

- Au restaurant, le menu se réduit à deux options à base de poisson (si tu ne manges pas de poisson, tu peux rentrer chez toi), et en général, il n’y a plus de lotte. Pas une salade qui ne contienne pas des lardons, des gésiers ou des aiguillettes de poulet. Comme tu ne veux pas non plus décimer la population de thons rouges à toi toute seule, tu te retrouves souvent à ne prendre qu’une entrée en prétendant que tu n’as pas très faim.

- En famille, ta maman a eu la gentillesse de demander à tout le monde de la mettre en veilleuse pour qu’on passe un bon moment malgré tes idées loufoques. Mais ton grand-père (ou ton oncle, selon les cas), ne peut pas s’empêcher de dire que ne pas manger de viande, c’est passer à côté de la vie, que de son temps, on faisait pas sa fiotte comme ça, et qu’il aurait bien aimé t’y voir en temps de guerre.

- Entre amis, Léon (le seul qui est encore inscrit au PS) te demande si tu milites au moins, si tu répands la bonne parole, et quand tu réponds que non, il dit qu’il ne voit vraiment pas à quoi ça sert dans ce cas-là. Et quand Marion te sert le poulet au curry qu’elle a mis tout l’après-midi à cuisiner, il faut vraiment avoir le cœur bien accroché pour dire non.

Evidemment, en Angleterre où les végétariens sont très nombreux, ça aurait été plus simple. Mais non, moi j’ai choisi de faire ça à mon retour à Paris ; quand j’habitais à Londres, j’avais décidé de ne pas boire de bière. Dois-je en venir à la conclusion que je cherche à me mettre en difficulté ? C’est un autre sujet.

Ton amie chômeuse a tenté le cours de barre au sol.

Dimanche 17 mai 2009

(Requête de Laura, a arrêté la danse classique, trop chronophage. Ne compte pas devenir un boudin pour autant.)

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Pour devenir une ascète, il faut que je me réconcilie avec mon corps. La première étape est de le mettre à l’épreuve autrement qu’en le gavant de Ben&Jerry’s ; il me faut trouver un sport qui me convienne.

La légende dit que c’est une danseuse classique fatiguée de devoir lever une jambe pour la poser sur la barre qui a inventé « la barre au sol ». C’est comme faire des exercices à la barre, sauf qu’on est par terre, et qu’il n’y a pas de barre. C’est donc totalement absurde, et ça devrait s’appeler « au sol », tout court.

Ne voyant plus très bien le rapport avec la danse classique, ton amie chômeuse s’est inscrite à un cours de « au sol » pour comprendre de quoi il retourne. Le rapport avec la danse classique a fait son entrée dans la pièce en la personne du professeur. Appuyé sur sa canne, il a encore la démarche élégante des danseurs. Il a osé la combinaison gagnante qui a toujours suscité mon admiration : calvitie et queue de cheval avec ce qui reste.

Sévère, il traverse la pièce en toisant ses élèves (silence total dans la salle).
« Nouvelle ! » crie-t-il en me pointant du doigt.
« Nouvelle ! Nouvelle ! », il pointe deux autres filles du doigt.
Les choses ainsi clarifiées, le professeur appuie sur le bouton de son ghetto blaster, et se met à hurler par-dessus le doux air de piano qui s’en échappe :
« Première position ! Seconde ! Et on y va pour les grands battements ! ET UN ! ET DEUX ! ».
Un peu surprise par ce départ sur les chapeaux de roue, je mets quelques instants avant de me mettre au diapason de mes voisines.
« - Qu’est-ce qu’il se passe la nouvelle ?
- J’ai un peu oublié mes positions de danse classique, c’est pour ça. »
Erreur fatale, on ne répond jamais au maître, même quand il pose une question. Pour punir mon arrogance, il me tourne autour pendant que j’essaye péniblement de suivre le rythme en hurlant « ET UN ! ET DEUX ! » dans mes oreilles. Rien à voir avec Maurice Béjart, je suis en confrontation frontale avec Pol Pot.

Les exercices ressemblent à des abdominaux et assouplissements traditionnels, pieds pointés et menton hautain en plus. Il faut avouer que la discipline militaire imposée par le professeur donne une tout autre dimension à la chose : on se prend vite au jeu de « on dirait que je serais une danseuse », on s’imagine en répétition du prochain ballet à l’OG (c’est comme ça qu’on appellerait l’Opéra Garnier), les pieds meurtris par les chaussons, les félicitations de Pol Pot à la fin de la représentation, les roses lancées sur la scène.

Le « au sol », c’est donc un cours de gymnastique tout ce qu’il y a de plus traditionnel avec travail des abdominaux, des fessiers, de la souplesse du dos et des jambes. Le but est de renforcer la musculature du dos et d’améliorer la posture générale, avec en prime la promesse d’avoir un jour l’allure des danseuses classiques qui marchent en déroulant leurs jambes devant elles comme une cigogne et qui tournent la tête avec une agilité de moineaux. Et ça, ça n’a pas de prix.

Liens et informations plus ou moins utiles :
La barre au sol en
en images.
Institut national de danse Janine Stanlowa
Prix du cours à l’unité : 15 €

Ton amie chômeuse a tenté de faire un jeûne

Samedi 9 mai 2009

L'ascète de Picasso  (pour ceux qui me ne connaissent pas, la ressemblance est troublante)

L'ascète de Picasso (pour ceux qui me ne connaissent pas, la ressemblance est troublante)


(Requête de Mathieu ; pas envie de le faire tout seul)

Tous les post-soixante huitards à qui j’en ai parlé sont formels, il ne faut pas tenter un jeûne quand on travaille, sans quoi les répercussions peuvent être irréversibles. Jeûner au travail, c’est :
1 – imposer son haleine de cheval à ses collègues (et oui, on pue de la gueule quand on ne mange pas, c’est comme ça).
2 – avoir le cerveau qui fonctionne au ralenti et ne pas comprendre la question pourtant anodine de son patron (« Ca va Bernard ? » « D’accord »).
3 – avoir la honte quand on tombera les bras en croix à côté de la photocopieuse.
Ton amie chômeuse, elle, peut entreprendre un jeûne sans s’exposer à ces risques.

Ceux qui sont contre le jeûne disent que l’alimentation est la base de la survie, et que forcer le corps à puiser dans ses réserves constitue un vrai risque pour le système immunitaire. La vitamine B12, dont on dispose de faibles réserves, chute spectaculairement, ce qui entraînerait une baisse des globules rouges. Et ça, c’est pas glop.

Ceux qui sont pour n’ont pas assez de mots pour décrire les vertus extraordinaires du jeûne (exemple ici ). Pratiqué depuis des millénaires, il débarrasse le corps des toxines néfastes : on se nettoie de l’intérieur, on réfléchit de manière plus lucide, on tient une forme spectaculaire, on reprend contact avec l’essentiel… Même les animaux pratiquent le jeûne, c’est dire si c’est glop.

Enthousiaste à l’idée de marcher dans les traces de Siddartha et complètement en phase avec l’idée de faire corps avec l’univers, mon adhésion va à ceux qui plébiscitent l’ascétisme. J’ai donc le choix entre :
- la monodiète : on ne consomme qu’un seul aliment (généralement du raisin et non des nounours en guimauve, hélas),
- l’eau salée qui nettoie le colon en 72H,
- l’eau pas salée avec rien avec,
- une potion composée de jus d’agrume, de sirop d’érable et de piment de Cayenne.
J’opte bien sûr pour la version « le jeûne c’est fun » et prépare la potion. On considère qu’un jeûne dure au moins 3 jours, ce qui me paraît un bon objectif pour quelqu’un qui a l’habitude de manger toutes les deux heures. Je ne voudrais pas jouer un remake de Hunger, d’autant que mon message politique est encore un peu confus, ce serait vraiment crétin.

Alors attention, je ne fais nullement de mon cas une généralité, mais le jeûne n’est pas une expérience qui m’a réussie (bel euphémisme). Notons que mon compagnon de galère s’en est très bien tiré, lui.

Au bout d’une demi-journée, j’étais affalée sur mon lit, sans énergie aucune, incapable de me déplacer. À la fin de la 1ère journée, j’étais au stade ultime de la dépression, à ne trouver que des mauvaises réponses à la question « mais pourquoi suis-je sur terre ». J’ai été absolument exécrable avec les quelques personnes qui ont eu le malheur de croiser mon chemin le lendemain, et encore plus avec M. dont l’endurance stoïque me rendait hystérique. Au matin du 3ème jour, la faim m’avait rendue vile, j’étais prête à mentir (euphémisme n°2) pour mettre fin au calvaire. M. m’a téléphoné pour savoir comment je m’en tirais. Je n’oublierai jamais cette saleté de jingle Monoprix qui m’a trahie. Il a tout compris, et j’ai dû avouer que j’étais au rayon confiserie, les bras chargés de brioches Pasquier.

Conclusion : au travail ou au repos, ne pas me nourrir, c’est comme mettre de l’eau sur un Gremlins. C’est une mauvaise idée.