Archive pour juillet 2009

Ton amie chômeuse a tenté les cours de Pilates

Mercredi 15 juillet 2009

pilates

(Requête de Gwenaelle, la posturologue)

Ami lecteur, si tu décides à suivre un cours de Pilates, tu as intérêt à avoir quelques phrases toute prêtes pour expliquer à ton entourage de quoi il s’agit. Car si la discipline est très connue aux Etats-Unis (elle est même pratiquée par Julia, la femme du Dr McNamara dans Nip/Tuck, c’est dire), elle l’est beaucoup moins en France. Je te livre donc ma propre définition toute faite : il s’agit d’une pratique de rééducation inventée par le Dr Pilates (rien à voir avec Ponce, attends-toi à cette blague ami lecteur) pour que les accidentés puissent à nouveau faire des choses aussi utiles que se tenir assis, marcher ou lever un bras (deux pour les plus téméraires). Pour nous qui avons la chance de faire ses gestes quotidiennement, cela signifie que l’on va muscler notre corps très en profondeur pour apprendre à bien nous tenir en toute circonstance, et ça n’a l’air de rien comme ça, mais ce n’est pas une mince affaire.

C’est une posturologue (et oui, ça existe) qui m’a montré à quel point j’étais déséquilibrée, voire mal foutue, moi qui croyais n’avoir qu’une ressemblance lointaine avec Quasimodo. Elle m’a expliqué que j’avais une jambe plus courte que l’autre, les genoux en dedans, les pieds presque plats, les épaules désaxées et la tête légèrement penchée sur le côté. J’étais à deux doigts de dire « toi-même » en claquant la porte. Elle m’a ensuite demandé si le docteur avait fait usage de forceps à ma naissance (« euh… oui »), et si je souffrais de migraines (« ah bah oui »). Avant de me conseiller de m’adonner au Pilates, elle m’a assuré que tout le monde avait des problèmes de posture, alors inutile de faire le malin en disant que ton amie chômeuse est de traviole.

Le Pilates présente de nombreux points communs avec le yoga, mais ressemble aussi beaucoup aux exercices pratiqués par Jane Fonda, ce qui en fait selon moi le compromis idéal entre spiritualité et souci du résultat plastique. Ce sont souvent par des exercices de respiration que les cours débutent. On passe ensuite quelques minutes à apprendre à placer son bassin en position « neutre », c’est à dire très légèrement cambré. Il faudra conserver cette position et surveiller sa respiration pendant toute la durée du cours, et c’est bien là que réside toute la subtilité. Faites les exercices en donnant de grands coups de reins ou en restant en apnée, et le Pilates perd la totalité de son intérêt. Un bon prof de Pilates se reconnaît à sa faculté à démasquer les flemmards (qui à force de respirer calmement s’endorment pour de bon) et les bourrins (qui sont là pour mouiller le maillot nom de Dieu).

Abdominaux, étirements des jambes et des bras, travail du dos… rien de très original, on ne se retrouve jamais à ne pas savoir où est la tête et où est le cul comme ça peut arriver en yoga. Le lendemain d’un cours de Pilates, on ne souffre pas vraiment de courbatures, mais on a l’impression d’avoir gagné deux centimètres.

Pour ceux qui deviennent fan (c’est complètement le cas de ton amie chômeuse), le Pilates peut se pratiquer au sol (comme la barre) mais également :
- sur un gros ballon en plastique, c’est le Pilates Ball
- avec l’aide d’une machine assez terrifiante que l’on appelle le Pilates Wall Unit qui étire les muscles à grand renfort de ressorts (très efficace, mais alors on a vraiment l’impression d’être en rééducation à l’hôpital pour le coup).

L’inconvénient du Pilates est double et je l’exposerai comme suit : c’est très cher et les bons profs sont rares. Ton amie chômeuse te livre sa sélection d’adresses un peu plus bas, et te conseille vivement de choisir les cours les moins fréquentés pour un jouir d’un suivi personnalisé (si ton patron est quelqu’un d’ouvert, le mardi à 11h, par exemple, c’est pas mal).

Liens utiles :
Le Centre des Arts vivants
4 rue Bréguet
75011 Paris
01 55 28 84 00
122 € les 10 cours
Le moins cher trouvé jusqu’ici, mais depuis que Cristina est retournée à NYC, ce n’est plus pareil.

La salle à Paris
3 rue de la Pierre Levée
75011 Paris

01 43 38 14 52
145 € les 10 cours
Le meilleur rapport qualité / prix trouvé jusqu’ici.

Ton amie chômeuse se demande “comment gagner sa vie tout en étant fier d’œuvrer pour l’humanité”

Jeudi 2 juillet 2009

bebephoque

(Requête de Yann, futur chômeur, mazel tov)

Parfois, ton amie chômeuse reçoit des sacrées requêtes, sur des sujets qui pourraient faire l’objet d’une thèse de 1500 pages. Pour quelqu’un qui n’a jamais réussi à terminer son mémoire de dernière année, c’est la tuile. Mais j’ai quand même eu envie de lancer le débat, parce que je trouve que c’est intéressant (et aussi parce que c’est mon site et que je fais ce que je veux).

« Gagner sa vie tout en étant fier d’œuvrer pour l’humanité », je pense que c’est un débat intérieur assez commun. Dois-je passer mes journées à sensibiliser les gens à la cause des bébés phoques pour pas un rond, ou dois-je devenir trader ? Il y a un petit pourcentage de personnes pour qui le dilemme n’existe pas et qui fonce tête baissée vers la banque ou la banquise. Ceux qui n’ont pas de convictions aussi fortes essaient de trouver une troisième voie :

- Trader la semaine et bébé phoque le week-end : avec le risque de devenir un petit peu schizophrène, mais on a rien sans rien.
- Travailler dans une ONG, pas en tant que bénévole, mais en tant que salarié. Car même Nicolas Hulot a besoin d’un expert-comptable, et ‘Action contre la faim’ a une équipe marketing aussi professionnelle que celles de Procter & Gamble. L’écueil que je vois, c’est la déception, et une déception proportionnelle à l’espoir de paix intérieure que l’on peut associer à un tel boulot. On pensait œuvrer au bien de l’humanité, et on se retrouve à se demander laquelle des ces photos de petits africains décharnés fera le plus d’effet à la ménagère et potentielle donatrice. On se console en se disant que c’est de la manipulation à fins utiles, et on évite de penser aux problèmes qui accompagnent nécessairement l’aide humanitaire (l’ingérence, le maintien de systèmes politiques totalitaires, une certaine  forme de néo-colonialisme, etc.).

C’est compliqué. Ton amie chômeuse a travaillé chez L’Oréal. Alors on peut se dire que ce n’est tout de même pas de la vente d’arme, au pire on serait responsable de quelques cas d’allergie à une crème contour des yeux, mais pas de la mort de milliers de personnes comme dans Lord of War. Mais on peut aussi penser que conquérir le marché chinois, ce n’est pas un objectif très louable. Toutes ces chinoises qui se remettent à peine de la révolution culturelle ont sans doute d’autres priorités que celle de prendre soin de leur grain de peau, on leur martèle qu’elles ne seront pas de vraies femmes tant qu’elles n’auront pas de crème de jour : est-ce vraiment anodin ? Alors évidemment, quand on commence à se poser des questions pareilles, on se retrouve vite à ne plus rien faire du tout (ce n’est pas pour rien que ton amie chômeuse est chômeuse).

Au final, je pense qu’œuvrer au bien de l’humanité est une tache bien trop ambitieuse. Ceux qui sont allés très loin dans la démarche se sont retrouvés à envoyer des gens au goulag, pour le bien de l’espèce. Pourtant je trouve dommage et bien trop cynique d’abandonner complètement cette idée. Peut-être qu’une façon raisonnable de s’y atteler, ce serait d’œuvrer au bien de soi-même ? Dans l’univers professionnel, ça signifierait trouver un équilibre qui nous convienne à nous, se sentir à l’aise avec ce que l’on fait, ou au moins suffisamment serein pour ne pas répondre « je suis banquier et je t’emmerde » quand on nous demande notre métier. Peut-être que ça vaut quand même la peine d’éviter les domaines les plus difficiles à assumer (tueur à gage, proxénète, marchand d’armes, trafiquant de drogue, présentateur télé, etc.). Mais en gardant simplement en tête que c’est plus sympa de ne pas prendre les autres pour des cons, en essayant d’être en accord avec soi-même, peut-être que l’on contribue au bien de l’humanité chacun à notre petit niveau, quelle que soit l’activité qu’on exerce.

Infos (moyennement) utiles :
> Ton amie chômeuse est prise d’un doute quant à la clarté de ses propos, et espère qu’on ne va pas penser qu’elle est membre du Cirque du Soleil.
> Ton amie chômeuse remercie Marine d’avoir écrit un mémoire sur ‘Action contre la faim’ (car elle a fini, elle).
> Ton amie chômeuse se rend compte qu’elle pousse un peu les limites de sa catégorie “Devenir une ascète”, mais trouve que la sérénité fait partie de l’ascèse finalement, et que c’est bien de ça dont il s’agit.