Archive pour septembre 2009

Ton amie chômeuse a fait un footing au parc du Luxembourg

Dimanche 20 septembre 2009

jardin-luxembourg2

(Requête de  Georges, qui n’a ni le temps, ni le courage, mais a entendu dire que c’était un parfait observatoire de la faune parisienne)

La requête de Georges a ravivé les souvenirs de ton amie chômeuse : au lycée, le prof de sport nous emmenait courir au jardin du Luxembourg.  À l’époque, je me cachais dans les talus pour échapper à ce que je considérais déjà comme une torture. Mais si je n’ai jamais été un modèle d’endurance, je suis en revanche persévérante et tenace, et j’ai déjà tenté de briser la malédiction de la course à pieds à plusieurs reprises.

Quand je vivais à Londres, j’avais même fait l’acquisition d’un mini short vert de toute beauté pour me motiver. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais des enfants se sont mis à me poursuivre dans le parc en me jetant des cailloux, ce qui m’a rapidement conduite à l’abandon. De retour à Paris, j’ai réitéré l’expérience avec plus ou moins de succès (vue qui se brouille, début de migraine, envie de mourir).

Comme ces menues difficultés ne suffisent pas à justifier un refus de requête, j’ai ressorti le short vert, et je suis retournée au Luxembourg comme une brave. L’objectif n’étant pas de ne rencontrer que des amis chômeurs en goguette, j’y suis allée un dimanche.

Courir au Luxembourg, c’est comme faire un tour du monde (parisien) en accéléré. Défilent tour à tour : une fanfare, des enfants sur des poneys, des vieux qui jouent aux échecs, un verger,  des jeunes qui jouent de la guitare, une expo sur le mur de Berlin, des moyen-vieux qui font des arts martiaux étranges avec des épées en bois, des jeunes qui jouent au tennis, le Sénat, des très très jeunes qui se bécotent, des sculptures, des enfants qui font naviguer des petits bateaux à voile, des palmiers, des vieux qui jouent à la pétanque, des gens de tout âge qui bouquinent devant les fontaines. Et bien sûr, des coureurs. Je dois admettre que j’ai eu l’impression de ne pas me trouver dans mon camp naturel, et j’aurais bien troqué mon short contre un bouquin et une chaise inclinée.

À cause des symptômes décrits plus haut, j’ai terminé mon second tour en marchant (pour info, le jardin fait 224 500 m², alors camembert), mais en conservant une légitimité grâce à des pauses étirements et des grands moulinets avec les bras. Les autres coureurs ne m’ont pas adressé un regard, et je crains que le fantasme de la rencontre au coin d’un marronnier nécessite 1/ une assiduité irréprochable 2/ un niveau légèrement supérieur au mien. Peut-être que si j’étais restée dans mon camp, à savoir celui des glandeurs, j’aurais pu entamer quelques discussions sur des sujets que je connais (comme la glande). En tout cas, quel endroit agréable que ce jardin… On aurait presque l’impression que les Parisiens sont sympa et qu’il fait bon vivre dans la capitale.

Lien utile :
Jardin du Luxembourg sur Wikipedia

Ton amie chômeuse a testé : le golf

Mercredi 2 septembre 2009

golf

(Requête de Chris, et oui, je classe cet article dans “Devenir une ascète” parce que je suis si loin de l’ascèse en ce moment que je me rassure comme je peux, et après tout, le golf, c’est du sport, et le sport c’est de l’ascèse, CQFD).

Le problème de ton amie chômeuse, c’est que pour répondre à certaines requêtes, elle doit parfois sévèrement se remettre à niveau. Quand Chris m’a demandé si je pouvais tester des parcours de golf pour lui, j’ai bien dû lui avouer que l’idée de ce sport ne m’avait jamais effleuré. Il m’a répondu qu’il n’était pas pressé et m’a donné une adresse où je pourrais m’essayer au « practice » et au « putting green ». J’ai dit bon.

Ceux qui s’y connaissent m’ont déconseillé de porter mes grosses Nike jaunes et grises. Apparemment, les initiales GOLF signifient Gentlemen Only Ladies Forbidden, et il faut que je montre ma reconnaissance d’être autorisée à jouer malgré ma répugnante condition féminine en revêtant mes plus beaux atours. Bon (again).

Fausse alerte : les pouilleux qui en sont encore au stade de l’entraînement ne sont pas obligés de se déguiser, la tenue correcte n’étant exigée que sur le parcours. Sur le practice, l’ambiance est détendue, on ricane gentiment quand on voit ses voisins manquer la balle et faire des pirouettes à la Surya Bonaly (l’idole de ma jeunesse). Ton amie chômeuse a même laissé échapper quelques jurons très grossiers qui n’ont eu l’air d’offusquer personne, bref, tout allait bien.

Il y a ceux dont le club rageur emporte un morceau de tapis à chaque swing, ceux qui disent « comme ça ? » et qui effectuent un geste parfaitement maitrisé dès le 1er coup, envoyant la balle loin par-dessus les arbres avec un petit « poc » élégant, il y a ceux qui pensent avoir propulsé la balle au-delà de leur champ de vision alors qu’elle a piteusement roulé à leurs pieds… Tout ce petit monde cohabite gaiement, on a presque du mal à croire que ce sport ait un jour été raciste de tout ce qui n’était pas masculin, blanc, et propre sur lui.

Pour ton amie chômeuse, les choses se sont gâtées en arrivant au « putting green ».  A priori, le concept avait pourtant tout pour me séduire : il s’agit d’une sorte de mini-golf où l’on tape doucement et avec précision pour faire rentrer la balle dans le trou. L’absence des sympathiques champignons géants et loopings qui font l’attrait du mini-golf est compensée par une pelouse absolument impeccable qui donne irrésistiblement envie de se rouler dessus. Mais voilà, au putting green, les gens déguisés en chic rôdent, et l’on sent bien que ce n’est ni le lieu ni l’endroit pour communier avec la nature.

Et d’ailleurs, à bien y regarder, l’endroit n’a strictement rien de naturel : le cygne qui vogue paisiblement sur le lac décrit des cercles parfaits, le petit vieux qui tape dans ses balles le fait avec la régularité d’un métronome, tous les sons sont étouffés par la pelouse/moquette… Ton amie chômeuse a commencé à avoir l’impression d’être a/défoncée, ou b/dans un jeu type eXistenZ.

Cette ambiance feutrée a même fini par me donner la nausée, et j’ai pensé à ce que m’avait dit un jour une guide-conférencière à l’Ircam (l’institution dediée à la recherche musicale à côté du musée Pompidou). Le centre possède une salle qui ressemble à une boîte d’œufs très sophistiquée et qui a la particularité d’être « anéchoique »,  c’est à dire que n’y résonne pas le plus petit écho. Cette femme m’avait appris que l’absence totale de réverbération sonore pouvait provoquer une désorientation totale qui rendait malades certaines personnes.

Peut-être est-ce le caractère anéchoique du terrain de golf qui m’a mise si male à l’aise (pour info mon oreille interne est certes un peu détraquée et je ne tiens pas 10 minutes sur une péniche, même à l’arrêt), mais j’ai trouvé que ce calme avait quelque chose de diabolique. Je crois que je vais proposer à Chris de tester les piscines parisiennes, plutôt.

Lien utile :
Le golf Pont-Royal, diaboliquement beau.