Archive pour avril 2011

Ton amie chômeuse a trouvé le plus mauvais burger de Paris

Mercredi 6 avril 2011

burger

L’ascèse s’éloigne, hélas, l’ascèse s’éloigne….

Alors là c’est non. Je sais bien que ma récente confession intime décrédibilise potentiellement tous mes coups de gueule, mais là, ami lecteur, nous sommes très nombreux (quatre) à avoir le même avis. De quoi s’agit-il ? De la grande passion de ton amie plus vraiment chômeuse : manger, et de la résistance qu’il faut absolument opposer à tous ceux qui nous donneraient de la merde par entonnoir, pour peu que ça leur rapporte un peu de pognon.

Depuis que ton amie ne chôme plus, le déjeuner est devenu le moment phare de sa journée, le pic de son excitation quotidienne, bref, l’événement qui doit absolument être réussi. Je m’y prépare dès 11H du matin en interrompant ma consommation de biscuits, mandarines et croissants, songeant le sourire aux lèvres que dans deux heures, j’irai déjeuner (et qu’il est temps de laisser à mes sucs gastriques le loisir de faire un peu de place là-dedans). Je choisis mes camarades de déjeuner avec soin, selon un seul critère : avec qui qu’on se marre le plus ici ?

Le choix de l’endroit qui accueille cette cérémonie quotidienne est difficile, parce qu’à Paris, ami lecteur, on bouffe de plus en plus mal. Ce jour-là, mon oeil a été attiré par une nouvelle enseigne qui proposait des burgers, du cheesecake, des pancakes, et des œufs Bénédicte. Ton amie plus vraiment chômeuse a immédiatement entrepris de se rouler par terre (« Oh steuplé steuplé steuplé steuplé on va là steuplé c’est tellement bien on va là steuplé… ») pour convaincre le leader d’opinion de l’opération déjeuner. Mission accomplie, le collège des sages a décidé d’accorder une chance au nouveau venu.

C’est ici que je reprends l’incipit de ce billet, et que je répète : non. Non monsieur le restaurateur, tu ne peux pas mettre toutes tes économies dans une déco « années 50 » tape-à-l’œil (et un peu cheap : on est mal assis) et penser que ça fera bien l’affaire auprès de ces connards de bobos parisiens.

Et surtout, surtout : non tu ne peux qualifier de « burger classique » un mauvais steak entre deux buns Harry’s. Pas de tomate, pas de salade, pas de fromage, aucune trace de sauce. Un steak entre deux buns. Accompagnement : neuf frites (j’ai compté), une feuille de salade, une demi-rondelle de tomate, et roule ma poule. Prix : 10,5€. Avec une tranche de cheddar, c’est 10,90€.

Alors oui, la connasse bobo parisienne s’est faite avoir une fois. Une fois, pas deux, tu peux me croire ami lecteur, et toi aussi le vilain restaurateur.

Sans déconner, j’appelle à la résistance. Au nom de tous ceux qui se font encore un tout petit peu chier pour proposer des plats dignes d’être ingérés, et ce, malgré le prix du bail à Paris, malgré la concurrence, les chinois et les économies d’échelle.

Le fil rouge café
3 rue René Boulanger
75010 Pari
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Ton amie chômeuse serait une râleuse

Samedi 2 avril 2011

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Il paraît que ton amie chômeuse est une râleuse. Je sais ami lecteur, tu es comme moi, ça t’étonne.

Quand l’attaque m’a été adressée la semaine dernière, je n’ai même pas pris la peine de la relever. Sauf qu’après quatre ou cinq occurrences (et ce, au cours d’une période où j’étais d’une humeur banale), je me suis tournée vers quelqu’un en qui j’ai confiance : « Sans déconner, tu trouves que je râle beaucoup ? ». La personne de confiance, telle Bernardo, a opiné du chef d’un air navré.

Ton amie plus vraiment chômeuse a protesté vigoureusement, arguant que « vous êtes tous une bande de tafioles », avant de comprendre que cet argumentaire (si fin qu’il fût), ne servait pas mon propos. J’étais néanmoins convaincue de deux choses :
1- je ne râle pas
2- si d’aventure je râle (parfois) c’est bien sûr à mettre sur le compte de l’inadéquation totale entre l’être humain et le principe du travail. Je travaille, donc je râle. Rien d’autre que la plus élémentaire logique là-dedans.

Ton amie plus vraiment chômeuse aurait pu s’arrêter à ces conclusions lumineuses. Mais j’ai voulu montrer que je suis capable de grands mouvements d’introspection (si). Ainsi, sur les traces de Jean-Jacques (Rousseau) (je pense souvent à lui en ce moment) je me suis demandée avec le plus de sincérité possible si j’étais, oui ou non, une râleuse.

Après quatre minutes de réflexion, j’ai dû admettre que mon surnom au lycée (”Jean-Pierre Bacri“) devait tenir de ma tendance à pester plutôt qu’à une quelconque ressemblance physique. Honnêtement, je n’avais jamais pris ce quolibet au sérieux, et je n’en avais rien conclu d’alarmant sur ma personnalité.

Plus tard dans ma quête intérieure, je me suis souvenue de mon ami C., rencontré pendant mes études supérieures. C. était un type taciturne, avec beaucoup de poils, qui ressemblait vaguement à Jeremy Irons et avec qui j’aimais bien passer du temps. Il m’a un jour offert un disque de Nina Simone, sans raison, me disant simplement : « Écoute ça, ça te fera du bien ». Une injonction qui m’avait parue bien mystérieuse à l’époque, et que je n’ai jamais élucidée à ce jour. J’ai fouillé encore quelques minutes dans mes souvenirs avant de me rappeler que C., qui aimait bien dire des mots en anglais, me surnommait « Bad Vibes ». A ce stade, disons que l’introspection commençait à sentir un peu le roussi.

Après dix minutes et autant d’exemples dans ce goût-là, j’ai réalisé que toute ma vie, j’ai donné de moi l’image de quelqu’un qui ronchonne, qui traîne les pieds, qui râle.

Ami lecteur, tu ne peux pas savoir le choc que ça a été, et que c’est encore. Car je me considère, vois-tu, comme quelqu’un de gai, qui n’affectionne rien davantage que rire (en n°1) et manger (en n°2), qui chérit les gens par-dessus tout, et même, disons-le, qui aime la vie.

J’ai beau la traiter de pute et de carotte (la vie), je sais bien qu’elle relève du miracle, mon père (qui passe son temps à regarder les moutons et à méditer) me l’a expliqué en long en large et en travers. Si je râle, c’est juste que je trouve que le brin d’herbe a quand même vachement plus de chance de kiffer que l’être humain, parce que le brin d’herbe, et ben, il n’a pas conscience de lui-même, et il faut quand même reconnaître que c’est la méchante tuile, le fait d’avoir conscience de nous-mêmes, non ? NON ?!

Je regrette que mon goût pour l’humour noir ait masqué ma gaieté intérieure, éclipsé le fait que je chante tout le temps et que je ris toute seule à peu près 40 fois par jour. J’espère que la vie ne m’en veut pas trop de m’être foutue de sa gueule aussi souvent. C’était pour déconner, vraiment.

Alors d’accord, c’est vrai, je reconnais que je râle tout le temps. J’adorerais terminer ce billet par le serment solennel que c’en est fini, que plus jamais mes remarques ne pourront être qualifiées de « bad vibes ». Mais honnêtement, je ne sais pas si je suis capable de faire autrement. Râler, c’est ma manière à moi de ne pas prendre les choses de face. Alors, bon, tant pis, je ravale la détestation que m’inspire ce mot, et j’assume. Je suis une râleuse. (Mais ça me fait bien chier).