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Ton amie chômeuse a testé le plateau de fruits de mer en Bretagne

Jeudi 19 août 2010

fruitsdemer

(Requête de Martin)
(Après réflexion, je trouve que ça mérite de figurer dans la catégorie ascèse)

En Bretagne ami lecteur, il se passe un drôle de phénomène : le mois de novembre dure toute l’année. Encore plus étrange, les bretons font comme s’ils n’avaient rien remarqué. C’est ainsi que, de façon très naturelle, ils vous proposent une petite promenade digestive après le dîner, comme si un odieux crachin à vous glacer les os n’était pas en train de tomber du ciel (« Mais c’est rien du tout ça… » « Ah je regrette, on appelle ça de la pluie » « Non ma fille, la pluie ici, ce n’est pas ça. »)

Parfois, le soleil fait une brève apparition : on saute de joie, on enfile un maillot, on déterre sa bouée canard et ses lunettes de soleil et on s’élance à la plage, oubliant presque que la mer est à 16°. Les bretons s’étonnent de ce remue-ménage, eux qui se baignent toute l’année ; heureusement, la pluie reprend ses droits après 24 heures maximum.

L’idée de génie des bretons pour occuper les longs après-midis humides, c’est : le plateau de fruits de mer. Le seul déjeuner qui vous mobilise jusqu’au dîner, l’activité méticuleuse qui vous dispense de toute conversation avec vos voisins, le repas idéal des partisans de l’effort juste (« j’en ai chié pour venir à bout de cette araignée de mer, et c’était bon »).

Pour ton amie chômeuse, c’était la première fois. J’avais bien mangé quelques huîtres un 31 décembre et quelques moules par-ci par-là, mais le full monty, jamais. Mon erreur a été de ne pas annoncer tout de suite que j’étais débutante.

Je me suis rendue compte que j’avais les idées assez confuses sur la différence entre araignée et crabe, bigorneau et bulot, langoustines et drôles de petites bêtes qui leur ressemblent et dont j’ai oublié le nom. Je n’ai rien dit. Il y avait quelques huîtres : faciles à identifier, faciles à manger, j’ai concentré mes exclamations sur elles.

Personne n’a remarqué que j’ai défoncé mon premier bulot avec le casse-noix (mauvais choix d’outil) et que j’ai failli me crever un œil en me débattant avec le crabe. Impeccable. Ami lecteur, attention, car lorsqu’il s’agit de plateaux de fruits de mer, c’est à la fin du repas que réside le danger.

Car après les deux heures quarante cinq que dure le repas, chacun relève la tête et regarde dans la poubelle de table de son voisin pour voir ce qu’il a laissé. Et là, c’est l’humiliation. Et vas-y que j’attrape la pince de la bestiole pour montrer l’étendu du gâchis à toute l’assemblée, et vas-y que je vais fourrager dans les bulots pour prouver qu’ils étaient bien là et que c’est juste que t’es une bille.

OUI ET BEN, C’EST PAS FACILE, que j’ai répondu. Trop tard, le verdict est tombé : ton amie chômeuse n’est pas, et ne sera jamais, bretonne.

M’en fous j’aime pas la pluie.