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Ton amie chômeuse a testé la méditation

Mercredi 5 octobre 2011

meditation-6


Requête de M.

En guise de préambule, permets-moi, ami lecteur, de te raconter une anecdote perso. Un jour, ton amie plus vraiment chômeuse était en week-end à la campagne : alors que je donnais une leçon de Badmington à un ami, me vint l’idée que la raclée serait d’autant plus spectaculaire si je changeais de chaussures. Courant dans la maison, je gravis les escaliers à toute allure et ouvris la porte de notre chambre… pour tomber sur une vision qui me laissa interdite. M. le béni était assis en tailleur sur le lit, les yeux clos. Comme Siddhârta. « Oh pardon », dis-je en refermant la porte à la hâte. Allons bon, me dis-je. Je n’aurais jamais dû le laisser jouer avec les livres de mon père (S’aimer soi-même et aimer les autres, Sur le chemin de la paix, et tutti quanti).

Une conversation plus tard, M. le béni réussissait à convaincre ton amie plus vraiment chômeuse de tenter l’expérience avec lui. Quitte à avoir un Bouddha de compagnie à la maison, autant en profiter ; j’ai accepté. La première séance eut lieu sur le champ, et les autres se déroulèrent tout au long des vacances d’été qui viennent de s’achever (je suis partie en septembre) (c’est moins cher) (et il fait encore beau) (c’est mieux quoi).

Ami lecteur, méditer n’est pas synonyme de réfléchir, ni même de piquer un somme, ce que j’ai longtemps cru (la faute à mon beau-père qui annonçait qu’il allait méditer chaque fois qu’il partait faire sa sieste). Méditer, c’est être éveillé, mais sans rien faire. Et idéalement, sans penser non plus. Être là, simplement. Comme une plante. Et ce qui est dingue ami lecteur, c’est que quand on n’est pas entrainé, et ben on ne sait pas le faire.

Moins d’une minute après le début de l’immobilité (en lotus, le dos droit, les mains posées sur les genoux), on a envie de bouger. On pense à P. qui est entrain de progresser en Badmington dans le jardin, on pense au lave-vaisselle qu’il faut vider, on pense à toutes les choses merveilleuses à côté desquelles on est entrain de passer en étant assis là comme un con. Simultanément, débarque la douleur physique. Les fourmis dans les jambes, le mal de dos… Il n’en a pas fallu plus à ton amie plus vraiment chômeuse pour déclarer que « c’est pourri ton truc ». M. a regardé sa montre : 2 minutes 20.

La deuxième fois, il m’a suggéré d’observer mon envie frénétique de bouger, ainsi que les pensées qui m’amenaient à la conclusion que je ne pouvais pas rester là. Parce que la méditation, c’est arriver à ne pas se laisser distraire (ce qui explique que c’est une pratique plus facile à entreprendre dans une grotte qu’en boîte de nuit, par exemple).

J’ai donc essayé d’être attentive à ce qui se passait dans ma tête. Et là, il faut admettre que c’est plutôt marrant. On devient le spectateur de ses pensées, et dans mon cas, l’auditeur impuissant des chansons qui me passent par la tête. Ton amie plus vraiment chômeuse s’est aperçue qu’elle était un véritable juke box, connecté 24H/24 sur radio Nostalgie. Des textes romantiques surgissent dans ma tête, sans raison aucune. Des musiques que je pensais avoir oubliées refont surface, du Natalie Imbruglia, du TLC, mais surtout beaucoup de Maxime Leforestier, Charles Trenet, et Jo Dassin, autant d’artistes auxquels je ne pense strictement jamais mais qui constituent, apparemment, la bande originale de mon cerveau. Consternée, je note mentalement tous ces airs qui viennent me polluer aux moments les plus inattendus. Il y en a beaucoup (j’en ferai la liste un jour).

Pendant les méditations suivantes, je suis devenue un peu meilleure au jeu de l’observation de la naissance des idées. Une fois que j’avais remarqué que la radio était allumée non-stop dans ma tête, j’ai réussi à couper le son, pour me concentrer sur les pensées, sans nécessairement chercher à les suivre. Là aussi, c’est assez rigolo. Je remarque un détail, qui me rappelle un extrait de film (comme dans la série Dream On que je regardais sur Canal Jimmy quand j’étais ado), qui s’enchaîne sur un souvenir, qui se transforme rapidement en angoisse. Et ainsi de suite, jusqu’à épuisement des ressources, et surtout jusqu’à aboutir à une conclusion absurde (« Ce sont les flageolets qui conduisent le monde à sa perte ») dont on ne sait même plus comment elle est arrivée là.

Même constat qu’avec la radio : une fois que j’ai identifié le processus, il s’est ralenti de lui-même, et sont apparues des plages plus ou moins longues de vide, de “calme mental”. Surprise, le vide n’est pas angoissant, il est même plutôt reposant. Haaaaaaaaaaaan, je commence à comprendre le délire. A ce stade, j’étais euphorique : ayé les gars, je suis un putain de yogi, j’arrive à arrêter le flux de mes pensées, dans 2 jours je marche sur des braises et je multiplie les pains.

C’était il y a déjà plusieurs semaines, et hélas,  je n’ai pas encore d’auréole au-dessus de la tête. D’autres états, moins fun, sont apparus pendant la méditation. Des angoisses hallucinantes suivies de crises de larmes comme ma psy elle-même n’a pas réussi à en déclencher. Des sensations cauchemardesques venues straight from childhood sont réapparues intactes, me faisant revivre des moments douloureux (comme en 1985 quand Mitchoum le lapin est tombé du lit, que personne n’a répondu à mes appels désespérés,  et que moi je ne pouvais pas l’atteindre à travers les barreaux… je m’arrête là c’est trop pénible).

Alors là, j’ai commencé à ne plus trouver ça drôle du tout la méditation, et j’ai voulu arrêter. Mais il paraît que c’est une connerie. Qu’il faut persévérer. Une sombre histoire de découverte de la vraie nature de toute chose… Alors je continue, bon an mal an, le week-end, ou le soir quand je ne rentre pas trop tard. Et je raconterai la suite quand j’aurai de nouvelles découvertes à faire partager, ce billet est déjà beaucoup, beaucoup trop long.

Ton amie chômeuse a testé : la méditation sur le souffle

Vendredi 11 décembre 2009

la20sieste

(Requête de Fanny)

Quand ton amie chômeuse s’est vue proposer un cours de méditation, elle s’est dit banco, c’est la fin de mes problèmes, on va enfin me donner la formule pour ne plus être esclave de mon agitation mentale, pour pouvoir reposer mon esprit aussi facilement que je repose mes jambes après une longue marche (si).

Première surprise, je croyais que le cours s’intitulait méditation  « par » le souffle et non « sur » le souffle. J’en avais déduit que se concentrer sur la respiration ne serait qu’un moyen comme un autre pour vider sa tête de toute pensée, mais non, le souffle était bien l’objet principal des préoccupations de l’homme qui avait pris place devant nous.

Il a commencé par se prosterner plusieurs fois devant l’autel bouddhiste du fond de la salle, saluant le Dalaï Lama d’un coup de tête amical sur le sol. Pendant ce temps-là, chacun vérifiait l’état de ses chaussettes et s’installait sur les coussins et matelas qui devaient accueillir notre méditation.

L’homme bouddhiste s’est assis en lotus. Je m’attendais à ce qu’il commence à parler en sanskrit, en aphorismes ou au moins en haïkus, mais il s’est plutôt révélé être le champion du monde de la comparaison (« c’est comme s’il y avait une fuite dans la maison, il y a forcément une origine »), du jeu de rôle (« on dirait qu’on serait tous des yogis de l’ancien temps ») et de l’anecdote plus ou moins fun (« la dernière fois une dame sortait de la méditation en disant, je me sens tout oxygénée ! » (…) « Mais c’est une interprétation de son mental cette oxygénation ! Elle n’en sait rien ! » (…)). Rien à voir avec Yoda donc.

L’homme bouddhiste nous a demandé de nous concentrer sur nos sensations : que ressent-on quand on inspire ? Merde alors, on ne va vraiment parler que de souffle pendant 1H30, me dis-je. Sauf qu’à force de persécuter les quelques braves qui tentaient une réponse, il nous a forcé à cesser d’intellectualiser le mécanisme pour retrouver la sensation physique pure. Au bout de quelques dizaines de minutes, on commence effectivement à prendre conscience du chemin effectué par l’air inspiré, on s’aperçoit que les côtes se gonflent, mais aussi le dos, les bras, jusque dans les jambes. Le corps entier est bercé par le ressac du souffle.

La séance a pris un virage certain quand nous nous sommes allongés : comme pendant la relaxation post-yoga, ton amie chômeuse s’est endormie à peu près 50 fois. Je me réveillais brutalement quand le guide (je ne sais pas comment l’appeler autrement) nous indiquait un changement de position, me désespérant de mon incapacité à faire la différence entre sieste et méditation. Si j’en crois la tête de certains de mes camarades en sortant de la pièce, je pense ne pas avoir été la seule à avoir confondu.

Au final, l’homme bouddhiste nous a encouragé à prendre conscience de notre respiration au cours de la journée, à nous octroyer quelques instants de détente par le souffle, en insistant bien sur la différence entre le sommeil et la relaxation. Ton amie chômeuse doit admettre qu’elle porte une attention différente à sa respiration depuis cette séance. En revanche, pour le calme de l’esprit et la voie de la sagesse, elle a bien conscience qu’il faudra repasser.

Info utile :
Centre Kalachakra - Centre de bouddhisme tibétain
5, passage Delessert - 75010 Paris
Tél/Fax : 01 40 05 02 22

http://www.centre-kalachakra.net/

Ton amie chômeuse a testé le yoga (enfin)

Mardi 10 novembre 2009

kundalini_yogaTon amie chômeuse est entourée de yoginis (féminin de « yogi » semble-t-il) qui ne déconnent pas. J’ai habité plus de trois ans avec N. qui tous les matins saluait le soleil (avant même de me saluer moi). Je l’ai écoutée m’expliquer que la solution à mes maux de gorge était une posture à quatre pattes qui consiste à loucher en tirant la langue, j’ai bu ses infusions maison aux queues de cerise, je me suis nettoyée le nez à l’eau salée et j’ai appris à respirer comme Dark Vador avec elle.

Puis j’ai observé F. emprunter peu à peu le même chemin. Elle a dit merde au marketing et est entrain de devenir prof de yoga, autant dire que ton amie chômeuse est la première fan de sa démarche. F. m’a appris à faire la vague avec mon ventre : encore plus efficace que le célèbre remède café-clope.

Est-ce que cette proximité avec le yoga (jusque dans mon propre salon), m’a laissée penser que j’étais dispensée de le pratiquer moi-même ? Peut-être. Est-ce que le fait d’avoir vu mes amies dans des positions qui défient les lois du bon sens m’a fait peur ? Certainement. J’ai mis des années à m’inscrire à un cours de yoga, et je l’ai fait dans leurs dos à toutes les deux, comme une petite fille qui ne voudrait pas admettre qu’elle veut faire comme Papa et Maman (ou ici, Maman et Maman).

On a beau être prévenue, quand arrive un prof avec de longues dreadlocks blondes et un débardeur barré d’inscriptions en sanskrit (quoique c’était peut-être la traduction de « Nike », tout simplement), on sourit. Quand il commence à former un petit autel dans un coin de la pièce, avec des bougies, de l’encens et des photos, on se demande s’il déconne. Quand il dit  « c’est parti pour le ôm », on cherche du regard la porte de sortie .

Mais ton amie chômeuse n’allait pas se démonter pour si peu. Je me suis mise à chanter le ôm avec mes camarades, lequel est sorti tellement faux que j’ai d’abord soupçonné ma voisine d’avoir perdu l’ouïe dans sa transe, avant d’admettre que la dissonance venait de moi (et mes rêves de Nouvelle Star s’évanouirent dans les vapeurs d’encens…).

Après cette première incantation, on reste quelques instants en position du lotus, les yeux fermés et les mains jointes à hauteur de la poitrine, à surveiller sa respiration… On est contents, c’est bien comme ça que les brochures touristiques représentent la sérénité, on se dit qu’on est entrain de faire du yoga. Seulement attention ami lecteur, cette phase ne dure que quelques minutes, et ce qui suit, c’est du sport, je ne vois pas d’autres mots.

Au bout de la 14ème salutation sans s’arrêter, l’heure n’est plus aux petits sourires narquois, on commence à suer à grosses gouttes. Le prof ne s’arrête plus de saluer le soleil, la lune et tous leurs potes, il récite des prières, si ça se trouve il dit « bande de petits péteux vous allez en chier », on ne sait pas, personne ne parle sanskrit.

Même lorsque le rythme ralentit et qu’on se met à faire des postures dites « longues » (et elles le sont), c’est dur. Ton amie chômeuse a prévenu une première fois qu’elle avait mal aux poignets (qui soutenaient son dos et ses fesses dans une sorte de chandelle désarticulée très inconfortable) quand le prof a proposé de lever les jambes. À ce stade, j’étais rouge écarlate, je soufflais comme si j’étais entrain d’accoucher, et il était physiquement impossible de lever un orteil.

Le prof est venu se mettre devant moi, j’ai dit (ou plutôt j’ai braillé, je ne contrôlais plus rien) : « j’ai un mal de chien, mes poignets vont casser dans deux minutes ! », suivi de « pardon, j’ai parlé un peu fort ». Le prof a répondu en souriant « tu as raison, exprime-toi », et il m’a soutenu les jambes pendant quelques secondes, s’épargnant de justesse un cri qui lui aurait peut-être crevé un tympan.

Le lendemain, j’étais aussi courbaturée qu’après un déménagement : je tenais à mettre fin à la légende qui dit que le yoga est une discipline pépère. Ceci étant dit, j’ai trouvé ça génial. Après 10 minutes, j’étais complètement sous le charme de l’homme aux dreadlocks qui dégage tant de bienveillance et de calme qu’on a envie d’en avoir une version miniature en permanence dans la poche. Il détient aussi une sorte de pouvoir magique : lorsqu’il encourage à être dans « l’ici et maintenant » et à prendre conscience de son “appartenance au cosmos”, on n’a pas envie de se marrer mais plutôt d’aller prendre un arbre dans ses bras.

Et enfin, la séance de méditation finale m’a plongée dans un état quasi-mystique, j’ai rarement ressenti un tel bien-être à être simplement allongée sur un matelas dur qui sent la sueur, en me laissant guider par les mots d’un homme qui zozotte légèrement. Si bien que j’annonce dès aujourd’hui que je vais me plier à la requête de mon amie yogini et l’accompagner chez les bouddhistes perchés du Canal Saint-Martin dès que j’en aurai l’occasion.