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Ton amie chômeuse n’est plus végétarienne

Jeudi 3 mars 2011

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Décidément, ton amie plus vraiment chômeuse envoie au bûcher toutes les valeurs qui étaient les siennes. Elle a commencé par corrompre son idéal de vie oisive en acceptant un salaire en l’échange de ses activités. Piteuse démonstration de sa faiblesse de caractère et de son incapacité à se nourrir de lumière (quand les plantes, elles, s’en sortent très bien). Mais ce n’est rien comparé à ma trahison du monde animal.

Il n’y a pas si longtemps que ça, et même si je n’ai jamais vraiment su l’expliquer autrement que par des phrases énigmatiques (« c’est bad karma d’ingérer autant de souffrance ») ou elliptiques (« ta gueule »), je m’étais fait une règle de ne plus manger mes amies les bêtes. Ça n’a jamais été évident, car les Français sont résolument opposés à ce principe. Mais j’ai tenu le coup pendant presque deux ans.

Qu’est-ce qui peut faire céder une végétarienne après deux ans d’abstention, me demanderas-tu, ami lecteur. Et bien tout connement un savant mélange de pression sociale et de gourmandise.

Pression sociale : invitée à passer des vacances chez un couple de personnes à qui il était préférable de faire bonne impression, ton amie chômeuse n’a pas osé préciser que si, si, la farce des tomates, ça comptait aussi. Plutôt que de prendre le risque d’être foutue dehors (il pleuvait), j’ai mangé la farce. Résultat : c’est comme la clope. Ne jamais se risquer à tirer une taffe, sinon, c’est foutu.

Gourmandise : je crois qu’après 28 ans sur cette Terre, je peux solennellement affirmer que manger est l’activité que je situe en 1ère position de l’échelle de mes préférences. Devant le sexe (car moins aléatoire dans le rythme)(et quand même moins engageant), devant le sommeil (car plus convivial), devant la lecture de Du côté de chez Swann (ouais je me la pète vite fait en passant paf pastèque). Seconde constatation, je n’ai rien découvert qui me plaise davantage que la cuisine française. Cette dernière étant irrévocablement fondée sur la consommation de viande, j’ai compris (après deux ans quand même) que j’étais niquée.

Je concentre désormais tous mes efforts à éviter le livre de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, sachant pertinemment qu’il me conduirait à me jeter à genoux en me fouettant le dos à grands coups de bambou devant la première vache venue. Je sais que dans sa grande solitude, la baleine à 52 Hz (lire sa bouleversante histoire ici) saura me comprendre, moi qui avais perdu le goût des sorties au restaurant entre amis et qui me condamnais régulièrement au Special K/lait de soja avalé en me démaquillant.

Je me limite au maximum pour pouvoir plaider la modération quand viendra l’heure de me justifier auprès de l’ours qui sera chargé de mon jugement (depuis le film Legend of the Falls, je suis convaincue que j’aurais à faire face à un ours un jour dans ma vie. Ça ne s’explique pas). Et je continue d’ignorer souverainement les plats industriels contenant de la bête. Mais honnêtement, l’œuf cocotte au foie gras, le magret de canard aux myrtilles, le tajine aux pruneaux, la tranche de jambon cru sur la tartine beurrée, sont autant de raisons pour ton amie plus vraiment chômeuse d’accepter de s’extraire de son lit chaque matin pour endurer une nouvelle journée de cette chienne de vie.

(NB : Ton amie chômeuse s’aperçoit que sa dernière phrase peut être interprétée comme l’annonce d’un suicide à venir, elle rappelle à toutes fins utiles qu’elle a une légère tendance à l’emphase pessimiste, inutile de s’alarmer donc.)