Vent de révolte dans l’open space

Comme tu le sais peut-être ami lecteur, ton amie chômeuse a travaillé chez L’Oréal. C’était mon premier poste, mon bal des débutantes, il y a une dizaine d’années de cela. De cette courte et décisive parenthèse inaugurale, il me reste le sentiment d’avoir vécu dans un monde parallèle pendant presque trois ans.

Parfois, j’imaginais mes amis, une bande d’anarchistes lettrés rencontrés en hypokhâgne, entrouvrir la porte du bureau. Ils m’auraient vue parader devant une présentation PowerPoint, professionnelle de l’esbroufe et de l’acné rétentionnelle. Ils m’auraient entendue dire « on se debriefe tout ça en conf call », ils m’auraient vue répéter la chorégraphie pour le pot de départ du stagiaire. Ami lecteur, crois-le ou non, je m’étais étonnamment bien adaptée à ce qu’on appelle « la culture d’entreprise ». J’en étais à la fois ravie et terrifiée.

Devenue journaliste, je me suis intéressée à l’univers de l’entreprise, de l’installation de salles de sieste aux médiateurs des open space à qui on fait appel quand Martine pète un câble parce que Roger ne remet jamais d’eau dans la bouilloire. Je suis fascinée par toutes ces tentatives et accommodements pour amener un groupe d’individus à produire de la valeur le plus efficacement possible.

Il se trouve que ces derniers mois, ton amie chômeuse a croisé le chemin de plusieurs personnes qui font de très, très bonnes blagues sur le monde du travail. De celles qui te donnent le sentiment de rire « par le haut ». Du coup, je m’en vais te faire une petite recension.

Charlie Winner, cadre dynamique

Dans son seul-en-scène, Charles de Saint Rémy incarne Charlie Winner, ancien chômeur passé au tamis du « personal branding ». Le texte, faussement naïf et vraiment ciselé, est co-écrit avec Alexandre des Isnards (un pionnier dans le genre, puisqu’il est l’auteur de L’Open space m’a tuer, paru en 2008). C’est très bien joué et extrêmement drôle, tout en étant parfaitement renseigné, Charles de Saint Rémy étant lui-même fraîchement échappé d’une start-up. Il en a conservé quelques habitudes, notamment celle de chercher sa carte de visite lorsqu’il rencontre quelqu’un.

Depuis cet été, la win se décline également en compte Instagram, qui compile les « perles corporate » :

Charles de Saint Rémy joue tous les jeudis au théâtre le Bout à Paris, ton amie chômeuse te recommande vivement d’y aller avec tes collègues de bureau.

Les histoires brèves mais courtes des frères Vanderlick

Un après-midi où ton amie chômeuse traînait dans sa librairie de quartier, je suis tombée sur deux types qui avaient l’air éminemment sympathique, Étienne et Antoine Vanderlick, qui signaient leur livre. Ils ont eu du mal à m’expliquer de quoi il s’agissait, une BD avec de minuscules personnages photographiés en macro, un roman-photo quoi, mais avec des histoires courtes de type marrantes. Ça ressemble à ça (je ne mets que la première planche, pour ne pas divulgâcher, comme ils disent sur France Culture) :

Ton amie chômeuse a acheté le livre (avec son pognon de dingue). Puis, je l’ai lu le soir dans mon lit, et voyant que j’en pleurais de rire, j’ai contacté les auteurs. Je leur ai demandé si je pouvais publier mon histoire préférée. Mais comme ce n’est pas une anecdote de bureau, elle fera l’objet d’un billet séparé (bâtardise ou « cliffhanger », c’est toi qui vois).

En attendant, le livre s’appelle BIG, histoires brèves, mais courtes, d’Étienne et Antoine Vanderlick, aux éditions Lapin (16€). Je l’ai déjà offert à deux potes.

Le collectif l’Avantage du doute

Tu as peut-être vu un film qui s’appelait Tout ce qu’il me reste de la révolution, il est sorti l’année dernière et l’affiche était comme ça :

Eh bien ce film est l’œuvre d’un collectif, qui écrit et joue des pièces de théâtre sur le monde du travail. Ton amie chômeuse a notamment vu La légende de Bornéo au théâtre de l’Atelier et j’ai trouvé ça tout bonnement génial, encore mieux que le film.

Ils tournent un peu partout et les dates sont là.

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1 commentaire

  1. Merci, merci, merci, l’amie.
    En littérature on parle de « théorie du menhir » pour indiquer la permanance de certaines interrogations, cernées de plus en plus fertilement chez la plupart des bons auteurs, tant qu’ils ou elles n’en ont pas « fait le tour »… L’idée de pouvoir passer à autre chose avant l’accomplissement de la révolution du caillou érigé est illusoire et pernicieuse.
    Amitiés

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